Edito
Grand corps malade
En extrême urgence, il y a quelques jours, « sans préparation » de son grand corps malade, les dirigeants de la « Sécu » - vite lâchés d'ailleurs par les responsables politiques « amis »
et adversaires - ont tenté une opération de sauvetage
« à chaud » pour stopper l'hémorragie des dépenses d'affections de longue durée, les fameuses ALD.
Malgré les promesses faites en 2004 par les médecins, les prescriptions de médicaments associées
à ces maladies longues et coûteuses n'ont pas été réduites. Certes, leurs remboursements généreux mettent à mal les finances publiques mais
ils permettent une meilleure observance médicale
des traitements lourds et douloureux.
Bref, l'enkystement de l'abcès s'est installé durablement, collecté par le vieillissement des malades, l'activisme de leurs associations et le soutien non désintéressé des laboratoires pharmaceutiques. L'incapacité des pouvoirs publics à faire respecter
les accords passés avec les médecins fait des dépenses d'ALD une bombe économique à retardement.
Certes, dans un premier temps, l'Etat nouveau, activiste et autoritaire va en profiter pour « reprendre la main » sur
les institutions (Uncam, HAs, INCa) qui avaient obtenu, dans une vision assez sociale et libérale, une certaine autonomie de gestion.
Mais au-delà de ces batailles picrocholines, un dur combat se dessine
entre les tenants d'un capitalisme économique dérégulateur et assurantiel
et les partisans d'un système de santé plus socialisé et protecteur.
Dans la majorité des pays développés, l'accès même aux médicaments
anti-cancéreux est déjà inégalitaire*. Le Président et le gouvernement
devront dire aux Français à l'automne, avec la loi « Santé patients et territoires », quel système ils nous proposent ou voudraient nous imposer.
Dr Pascal Maurel
*Conférence de presse ASCO 2008, « L'accès aux médicaments ».
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