Dossier
Palmarès des médicaments
Palmarès des médicaments : une nouvelle ère
En vingt ans, l'industrie du médicament a connu de nombreuses mutations. De l'ère des blockbusters à la stratégie de niche, de la croissance à deux chiffres à celle proche de zéro, de la chimie à la biologie, les adaptations ont parfois été douloureuses. Pour autant, le progrès au cours de ces années s'est traduit par de nombreuses avancées, notamment dans le champ de l'oncologie et des maladies orphelines. Retour sur deux décennies où tout a changé ou presque.
Les big pharmas ne connaissent pas encore la crise au début des années quatre-vingt-dix. Et surfent sur la vague des blockbusters. L'unité de compte est le milliard de dollars. Et la stratégie qui s'impose est le « big is beautiful ». La croissance du chiffre d'affaires nourrit la découverte de nouveaux médicaments dans les centres de recherche qui ouvrent de nouveaux marchés. Avec ce cercle vertueux, on est loin d'imaginer le bout du pipeline. Les taux de croissance sont il est vrai à deux chiffres. La cardiologie donne alors le ton. La correction des facteurs de risque s'annonce comme un nouvel eldorado pour l'industrie pharmaceutique. L'actualité est ainsi rythmée par les résultats de ces grandes études multicentriques délivrés au cours des congrès nord-américains. Les statines, grâce à leur efficacité en prévention secondaire et primaire en dehors de la seule réduction du taux de cholestérol, s'imposent en thérapeutique comme la « classe dominante ».
Qui prête alors attention à la création aux États-Unis de ces start-up, Genentech, Amgen qui tracent de nouvelles frontières autour de la biologie ? Pourtant dans ces années quatre-vingt-dix, les médicaments distingués par des prix illustrent ce nouveau virage. Kogenate® par exemple en 1995 est produit grâce à la technologie de l'ADN recombinante. Dans le même temps, le paysage réglementaire change à grande vitesse. Le niveau de preuve demandé est de plus en plus exigeant pour l'homologation de nouveaux médicaments. Et la pression économique s'accentue.
Dans ce nouvel environnement, l'industrie pharmaceutique doit s'adapter à marche forcée à partir des années 2000.
En août 2001, le retrait immédiat de la cerivastatine au niveau mondial frappe l'opinion. La saga des statines n'est plus seulement une belle aventure. Au-delà de l'impact financier, les médicaments mis sur le marché ne seraient donc pas sûrs. Trois ans plus tard, le traumatisme est encore plus sévère avec le retrait du rofecoxib (Vioxx®) le 30 septembre 2004. Les agences gouvernementales, les laboratoires sont sous le regard de l'opinion qui s'étonne d'un éventuel laxisme. Enfin, la perte accélérée des brevets annonce l'arrivée de nouveaux acteurs, les laboratoires spécialisés dans le générique. Pris en étau entre une recherche de moins en moins productive et des niveaux de preuve de plus en plus élevés, l'industrie pharmaceutique doit changer de modèle.
Après l'ère des médicaments de masse, les laboratoires adoptent une stratégie de niche. Dans les années 2000, la recherche sur le cancer après des années sombres enregistre des premiers succès. Notre liste témoigne de ces avancées. Les maladies orphelines bénéficient également de la mise sur le marché de nouveaux médicaments, grâce notamment à l'adoption d'une nouvelle législation. Les thérapies biologiques marquent des points. Dans ce contexte, les anticorps monoclonaux constituent un nouvel eldorado où la France est toutefois absente. L'innovation thérapeutique dans l'Hexagone est en panne. Et les biotechs françaises n'ont pas encore réussi à faire émerger un plusieurs leaders internationaux.
Alors que cette révolution biologique est loin d'être achevée, une autre se prépare dans les laboratoires de recherche, celle des nanotechnologies (voir aussi le livre du mois p. 5). La France, sous peine de déclassement, n'a pas le droit de rater ce nouveau rendez-vous.
Gilles Noussenbaum
Article du : 05.07.2010
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