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Dossier

Bactéries multirésistantes

Depuis l'avènement de la pénicilline, les antibiotiques avaient connu pendant une quarantaine d'années une faste période de recherches et de découvertes fructueuses. « Dans les années quatre-vingt, apparaissaient tous les ans au moins quatre nouveaux antibiotiques. Aujourd'hui, les industriels peinent à commercialiser de nouvelles molécules », explique le docteur Samy Figueiredo, du département anesthésie-réanimation du CHU de Bicêtre. À cela s'ajoute un écueil : il a été établi qu'après l'arrivée de chaque nouvelle classe d'antibiotiques, des bactéries développant des mécanismes de résistances à celle-ci émergeaient dans l'année qui suivait. Aujourd'hui, les staphylocoques aureus résistants à la méticilline (SARM) voient leur prévalence diminuer en France (ce qui n'est pas le cas aux États-Unis par exemple), alors que celles des entérobactéries dites à ß-lactamases à spectre élargi (BLSE), des entérocoques résistants à la vancomycine (ERV) et plus récemment encore, des entérobactéries productrices de carbapénémase (EPC) sont croissantes. Alors que dans les années quatre-vingt-dix, les BLSEs étaient essentiellement identifiées chez des patients à l'hôpital, elles sont actuellement surtout décrites chez des patients en ville, ainsi que dans l'environnement et chez l'animal. « Elles ont par exemple été décelées dans des déjections de poules et de mouettes sur les plages de Miami et de la péninsule Ibérique », détaille Samy Figueiredo.

Ces bactéries productrices de BLSE n'ont pour l'heure qu'une seule option thérapeutique, les carbapénèmes. Mais l'apparition d'entérobactéries elles-mêmes résistantes à ces carbapénèmes rendent certaines infections impossibles à traiter. Pour rappel, l'instruction N° DGS/DUS/RI/2311/224 du 25 août 2011 faisait état de 45 épisodes à EPC depuis janvier 2011. Essentiellement retrouvés en milieu hospitalier là encore, ces nouveaux germes multirésistants posent de véritables problèmes de prise en charge d'une manière générale, mais d'autant plus en réanimation. « Hormis le dépistage et l'isolement des patients pour éviter la dissémination des épidémies à EPC et à ERV, les stratégies antibiotiques utilisées consistent, soit à utiliser les rares nouvelles molécules dont nous disposons et qui ne sont pas toujours actives (tigécycline), soit à réutiliser des molécules que l'on croyait obsolètes, telles que la colimycine ou la fosfomycine, D'autres molécules sont en développement, mais ne seront pas disponibles avant plusieurs années », explique Samy Figueiredo.

Article du : 15.05.2012

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