Valvert



Valérie Mrejen est-elle documentariste, ou simplement vidéaste et plasticienne ? On est toujours sur le fil pour trouver la réponse. C’est en effet à la demande d’une association de Marseille que la réalisatrice a été sollicitée pour produire un outil pédagogique à l’attention des jeunes générations d’infirmiers qui ne reçoivent plus de formation spécifique en psychiatrie. Le but étant d’attirer du « sang neuf » au sein du personnel hospitalier de l’hôpital Valvert, après quatre départs à la retraite. Le résultat de ce travail est d’autant plus surprenant que Valérie Mrejen s’est véritablement laissé porter par l’ambiance de l’hôpital et de sa vie au quotidien, à travers les échanges entre patients et soignants ou entre patients entre eux. On part d’une interview très classique d’une psychiatre qui donne son point de vue sur son travail avec les patients qui « sont surpris qu’on les écoute » à Valvert. Et puis, on frappe. Un patient entre dans le bureau pour demander une cigarette. L’institutionnel, ici, n’a pas le dessus. C’est l’humain qui prime ! On le remarquera tout au long de ce film au format télévisuel (52 minutes). Ainsi, une patiente s’échine à ouvrir un lave-vaisselle. En vain. Un soignant l’accompagne, voudrait éviter de montrer la vaisselle sale à la caméra ! Elle insiste. Il finit par céder, à ouvrir l’objet du délit et à la laisser disposer les verres dans l’appareil ! Entre les courtes interviews des soignants qui se plaignent « de la psychiatrie chiffrée, des enveloppes budgétaires, du turnover de malades » auxquels on arrive progressivement, c’est l’humain qui revient toujours, avec ses éclairs de tristesse, de joie, de souffrance, de lucidité parfois. « Attention, je suis fou, mais pas con ! » « Les médicaments ça fait pas tout, mais ça aide ! » « Ce que les gens veulent voir, c’est des gens fous, à poil et qui cassent tout, pas des gens bien ! »

 Arnaud Janin

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