Théâtre : permission de jardin



Théâtre
 Permission de jardin...
 
Maniaco-dépressive, bipolaire, troubles de l’humeur, une maladie qu’on peut soigner, voire guérir, mais qui peut être aussi fatale. C’est le thème abordé par la pièce Permission de jardin1 écrite et jouée en solo par Isabelle Ganz, mise en scène par Jean-Pierre Davernon.

 L’histoire : une actrice doit lire lit un texte à son public sur les morts de la route, c’est-à-dire ici les lapins et les hérissons. Les deux versants de la maladie. L’exubérance contre le repli sur soi, l’extraverti contre l’introverti, le faire contre l’impossibilité d’agir…
 Versant lapin : « Avec Papa, on attend la dame anglaise à l’aéroport des avions. Elle m'a apporté un lapin... Je pleure à cause du lapin que personne n’a vu et qu'elle ne m’a pas donné » (premier traumatisme).
 Versant hérisson : Le hérisson à la femme dépressive : « Roulez-vous en boule dans votre nid et attendez le printemps. Aux premiers bourgeons vos symptômes auront disparu. Le printemps revient  toujours. »
 
Versant lapin : « Une star a besoin de la nuit pour créer et je suis une star. Le silence, la déprime c’est terminé ! Je suis le centre du monde. »
 
Versant hérisson : « Je suis dans un hôpital, je suis malade. Je ne vois pas de médecin. Ce n'est pas normal. Et moi, je suis normale ? C’est quoi normal? »
 
Au fil de la pièce, le spectateur tourneboulé dans tous les sens de la maladie, ne sait plus trop à quel animal se vouer. Mais l’actrice Isabelle Ganz poursuit sa balade sur son fil de poésie et de créativité qui met en valeur la souffrance de la personne malade. La réalité de la maladie vécue est affreuse : «  Je suis une merde. La boule dans le ventre. Les autres, leurs questions. Je me tape la tête par terre, ça résonne, je ne sens rien. Médicaments du matin, mauvais café. Médicaments du midi, sieste… Attendre, mais cela ne change rien ! »  Pourtant des impulsions d’action et de réaction mobilisent la malade : « Je suis rentrée chez moi. J'ai retrouvé les autres. J’ai arrêté les médicaments. Je fais mon métier. »
 
 Les troubles bipolaires de type 1 et 2 concerneraient 1 à 2 % de la population. C'est une maladie mal comprise ou/et mal perçue par les soignants. Cette pièce est un véritable témoignage de l’intérieur, qui peut servir dans la pratique du soin. Les malades vivent ainsi dans un monde, où soit la réalité est sublimée (Dieu, star) et ils y croient fermement, soit ils deviennent moins que rien. La réalité n’existe plus pour eux : soit ils vivent à 200 à l’heure, soit ils sont écrasés par leur souffrance.
 
 Mais cette pièce veut donner avant tout de l’espoir aux patients. Malgré leur grande souffrance, ils peuvent bénéficier d’une prise en charge médicamenteuse, psychothérapeutique et éducationnelle (éducation thérapeutique). Sans compter l’aide de l’entourage qui peut aussi bénéficier d’un soutien. « Il faut se faire aider si on veut être d’une quelconque utilité. Il faut partir du principe qu’il faut se porter bien pour aider quelqu’un qui ne l’est pas à le devenir. Et cela passe par prendre soin de soi. », affirme le Dr Christian Gay2.

Arnaud Janin
 
 1. Permission de jardin, en tournée en France, voir le site http://www.myspace.com/permissiondejardin
 En partenariat avec l’association France-Dépression, www.france-depression.org
 2. Vivre avec un maniaco-dépressif, Hachette Littérature, 18,50 euros. Dr Christian Gay. Psychiatre à la clinique du Château à Garches et cofondateur de l’association France Dépression.

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