Sarkozy : la psychiatrie au Kärcher



Malgré l’hommage appuyé rendu par le président de la République aux soignants des hôpitaux psychiatriques, le personnel de l’établissement Erasme est resté estomaqué par le discours de Nicolas Sarkozy prononcé dans ses murs le 2 décembre dernier. Un brouhaha léger mais persistant a accompagné l’énoncé des principales mesures visant à « sécuriser » l’hôpital psychiatrique : bracelet électronique pour les malades, sécurisation du périmètre de l’hôpital psychiatrique, révision de l’hospitalisation d’office, etc. Soufflant le chaud et le froid, Nicolas Sarkozy a également promis des moyens supplémentaires, soit quelque 70 millions d’euros, « à condition qu’il y ait des réformes ». Du donnant-donnant. Dans le détail, Nicolas Sarkozy veut consacrer 30 millions d’euros à la sécurisation des établissements psychiatriques « pour mieux contrôler les entrées et les sorties des établissements ». Les 40 millions d’euros restants serviront à la construction de 4 nouvelle UMD (unités pour malades difficiles). Est également prévue la construction de 200 nouvelles chambres d’isolement. Mais le clou de la réforme reste la révision de l’hospitalisation d’office (HO), qui devrait prochainement faire l’objet d’un projet de loi rédigé par le ministère de la Santé, a annoncé le président. En clair, Nicolas Sarkozy souhaite que, sur le modèle de l’hospitalisation sans consentement, on crée des soins ambulatoires également sans consentement. De même, Nicolas Sarkozy veut mieux encadrer les sorties d’hôpital psychiatrique. Désormais, le préfet, éclairé par l’avis de trois soignants, prendra la décision d’autoriser ou non la sortie –momentanée ou définitive – d’un patient. Et les informations relatives aux HO devront être partagées par l’ensemble des départements, sous le sceau du secret médical « bien évidemment ». Accueillant avec bienveillance la création de soins ambulatoires sans consentement, le Dr Angelo Poli, président du syndicat des psychiatres d'établissement public (SPEP) s’est dit sidéré « par la logique sécuritaire qui prévaut dans ces mesures ». « Ce qui apparaît comme une régression inacceptable pour une organisation des soins qui a fait ses preuves et n’a pas à rougir de ses résultats ». Edouard Couty, ancien directeur de la Dhos, qui doit rendre très prochainement un rapport sur la réforme de la psychiatrie, ne s’est pas senti concerné par les décisions prises par le président. « Nous traitons de tout dans notre rapport sauf de l’hospitalisation d’office », a-t-il notamment déclaré. Il est un fait : pas une seule fois le président n’a fait allusion aux travaux engagés par le ministère de la Santé sur la réforme de la psychiatrie.

J.-B. G.

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