Opinion

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Psychiatrie : le rapport Couty inquiète



Le gouvernement a longtemps hésité avant de choisir le véhicule législatif adéquat pour faire passer sa réforme du secteur psychiatrique. Ce sera finalement une loi entièrement consacrée au sujet, et non des amendements à la loi Hôpital, patients, santé et territoire (HPST). Roselyne Bachelot l’a confirmé le 28 janvier dernier devant la Commission des affaires sociales de l’Assemblée nationale, la veille de la remise du rapport de la mission Couty sur la réforme de la psychiatrie. « Ce projet de loi devrait être présenté ce prochain printemps », a-t-elle précisé. Il devrait comprendre deux chapitres : l’un portant sur la réforme de l’hospitalisation d’office voulue par Nicolas Sarkozy, l’autre sur l’organisation de la santé mentale et de la psychiatrie, directement inspiré du rapport Couty. Un rapport qui fait du bruit dans les cercles fermés de la psychiatrie. En particulier une mesure : la préconisation de la création de groupements locaux de coopération pour la santé mentale (GLC). Ces groupements, qui réuniraient à la fois le secteur psychiatrique et le médico-social pour une prise en charge de premier niveau, « interrogent » les acteurs du secteur. « Nous craignons que l’extra-hospitalier soit déconnecté de l’intra-hospitalier », analyse Angelo Poli, président du syndicat des psychiatres des établissements publics (SPEP). Autre inquiétude : la place des centres hospitaliers spécialisés (CHS). « Il n’y a aucune certitude que, demain, les CHS restent le pivot de l’hospitalisation. » Selon un spécialiste du dossier, les psychiatres craignent avant tout de ne plus avoir la mainmise sur l’ensemble de l’organisation de la santé mentale. « La psychiatrie ne peut pas tout en santé mentale. D’autres acteurs médicosociaux, en amont et en aval, doivent prendre en charge les patients », ajoute cet expert. Les psychiatres l’entendront-ils de cette oreille ? Ils avaient déjà été échaudés par le discours jugé sécuritaire de Nicolas Sarkozy sur la réforme de l’hospitalisation d’office en décembre dernier. Certains d’entre eux, comme Roland Gori, professeur de psychopathologie à l’université d’Aix-Marseille et psychanalyste, furent ainsi à l’origine de « l’appel des appels », plateforme de toutes les contestations syndicales et professionnelles aux réformes de Sarkozy. Conscient du malaise provoqué, le président avait de nouveau réuni à l’Elysée le 9 janvier dernier les principaux acteurs du secteur, pour les rassurer, tout en débloquant 70 millions d’euros pour les hôpitaux psychiatriques, dans le cadre du plan de relance. Et il devrait de nouveau se rendre dans un hôpital psychiatrique prochainement. Pour le moins, il a pu constater que le terrain restait glissant…

J.-B. G.

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