Le Sarko des Deux-Sèvres
C’est au début des années quatre-vingt, que le milieu assez fermé des directeurs d’hôpital voit débarquer un jeune collègue frais émoulu de l’Ecole Nationale de la santé publique. L’homme est mince, pas très grand, toujours élégant dans des costumes de bonne coupe. L’esprit vif, l’œil malicieux, l’éloquence persuasive, l’homme s’impose très rapidement dans un monde ou pourtant les talents ne sont pas rares. C’est dans les fonctions de délégué permanent du SNCH que Dominique Paille se fera connaître à ses débuts, manifestant dès cette époque les qualités qui ont fait de lui l’élu local actif, le parlementaire connu qu’il est devenu et sans doute un prochain secrétaire d’Etat s’il est réélu dimanche, comme cela est plus que probable après ses 43,89% du premier tour. Pourquoi pas une nomination à la santé, domaine dans lequel sa connaissance des dossiers et des hommes serait un atout pour le gouvernement qui sera confronté à des dossiers difficiles.
Celui qui devait normalement n’être qu’un permanent administratif syndical, se taillera un poste sur mesure allant même jusqu’à se donner le titre de délégué général, suscitant au passage quelques grincements de dents.
L’homme est déjà insaisissable pour ceux qui ne le connaissent pas. On le croit dilettante. C’est en réalité un bosseur qui va au fond des dossiers. Son humour grinçant, le fait passer pour distant, mais c’est un homme sensible qui sait s’intéresser aux autres, comme il le montrera quelques années plus tard en militant par exemple avec acharnement pour que les droits des enfants soient reconnus. On le croit pressé , mais il sait donner de son temps.
Le futur député affiche déjà de solides convictions centristes, sachant entretenir de bonnes relations tant avec ses collègues de droite que ceux de gauche. Il pratique l’ouverture avant l’heure, une sorte « d’Edgard Faure » dit de lui un de ses anciens collègues, allant à la recherche de majorité d’idées. Il permettra plus tard au gouvernement Rocard de trouver des majorités grâce à l’appoint de voix centristes.
Cet homme a qui on a reproché d’avoir quelque fois changé d’alliances politiques sait se montrer fidèle en amitié. Vingt ans après avoir quitté la profession, il apporte volontiers un coup de main à tel ou tel de ses anciens collègues qui le sollicite en intercédant en leur faveur auprès de ses amis politiques. S’il n’avait cédé aux sirènes de la politique, Dominique Paillé serait sans doute aujourd’hui un grand dirigeant hospitalier. Il est vrai aussi que cet esprit libre se serait très vite senti à l’étroit dans une carrière de fonctionnaire. Liberté d’esprit, c’est la première qualité que lui reconnaissent ses amis politiques des Deux-Sèvres. Cela explique qu’il aime jouer les francs-tireurs ou les trublions comme lors des débats parlementaires sur la fusion EDF-GDF. Dans les réunions avec Nicolas Sarkozy, il a toujours un avis décalé, « c'est son style», note un proche du Président de la République. Attention, cet homme n’est pas un godillot. Il a aussi du flair. Il sera parmi les quelques députés UDF qui soutiendront Jacques Chirac en 1995, alors que la majorité de ses collègues se rangeront derrière Edouard Balladur. Il fut aussi l’un des premiers députés UMP à soutenir Nicolas Sarkozy, devenant par la suite un des membres influents de l’état-major sarkozyste. « J’ai senti qu’il était fait pour la politique dès que je l’ai connu », dit de lui un de ses anciens collègues. Il est vrai que déjà, le jeune homme sait serrer les mains, écouter les uns, dire un mot gentil aux autres. Il a de l’entregent, du culot diront certains, affectionnant les petites phrases qui font toujours aujourd’hui les délices des journalistes, jamais à court d’idées.
Avec ces qualités là, il aurait pu réussir une carrière politique dans la capitale. C’est à son pays que l’enfant de Bressuire se consacrera, gravissant les marches au pas de course. Maire des Aubiers (1989-2001), Maire de Nueil-les-Aubiers (2001-02) en 93, Député des Deux-Sèvres la même année, réélu depuis, conseiller général des Deux-Sèvres (1994-2000).
Très présent dans sa circonscription, il se bat sur tous les dossiers, fait progresser l’intercommunalité, se créant au passage quelques inimitiés. Ce qui explique sans doute qu’il sera battu à la mairie de Neuil-les-Aubiers, résultat aujourd’hui oublié après les 56% obtenu au 1er tour dans son ancienne ville. S’il est un dossier sur lequel il se sera beaucoup investi, bon sang ne saurait mentir, c’est celui de l’Hôpital Nord-Deux-Sèvres, résultat de la fusion de trois établissements. Trois dossiers attendent le futur député : le tracé routier Chollet-Bressuire-Parthenay, le maintien du tribunal de Bressuire et la construction du plateau technique de l’hôpital. Tout le Nord-Deux-Sèvres attend la nomination de Dominique au gouvernement, synonyme de feu vert pour ces projets.
L’élu local est aussi un parlementaire très présent, sans doute parmi les 10 députés les plus actifs de l’Assemblée nationale, déposant propositions de loi et amendements et interrogeant le gouvernement dans des domaines aussi divers que le maintien des centres culturels français à l’étranger, la situation des étudiants en médecine ou la commercialisation du pangasius, un poisson d'eau douce d'élevage.
L’homme est partout. A l’assemblée nationale, aux quatre coins de sa circonscription à laquelle il consacre plusieurs jours par semaine, à l’UMP où il a beaucoup travaillé sur le projet politique. Il y a du sarko chez cet homme : pas étonnant que ces deux là s’entendent et se retrouveront peut-être autour de la table du conseil des ministres.
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