Opinion

OUI
NON

Le réa de la recherche



Avis aux amateurs, l’ambiance devrait être plutôt sportive à la nouvelle agence d’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur. Son nouveau directeur, nommé en juillet dernier, Jean-François Dhainault, tout juste 60 ans cette année, est un coureur de fond. Il avale les longueurs de piscine avec une certaine gourmandise. Et quant on lui parle de ses rêves, spontanément l’ancien chef de service de réanimation de l’hôpital Cochin,évoque son envie de participer à la fameuse course de ski de fond, la Vasalopette organisée en Suède. Du souffle, Jean-François Dhainault va devoir ne pas en manquer afin d’assurer l’ensemble des missions dont l’Agence a la charge. Trois secteurs ont été distingués. Il s’agit d’évaluer l’ensemble des universités et des établissements d’enseignement supérieur de l’Hexagone. Second volet, toutesles unités de recherche, quel que soit le secteur, devront également faire l’objet d’une évaluation. Enfin, les formations supérieures,licence, master, doctorat, se soumettront à l’expertise de l’agence. Pour assumer ces diverses tâches, l’Agence devrait à terme recruter 6 000 experts. Les avis étrangers seront sollicités afin d’échapper au soliloque franco-français. Dans cette configuration, n’y -a-t-il pas un risque de devenir un super flic, lui l’ancien « soutier » de l’hôpital, selon l’appellation contrôlée de Jean-François Dhainault au sujet des réanimateurs ? Sûrement pas, répond l’intéressé. Nous avons pour vocation de préciser sous quelle forme on doit mieux faire. Nous ne disposons d’aucun pouvoir de décision. Nous sommes là pour délivrer des recommandations. Et de citer l’exemple de Bordeaux où l’on recense quatre facultés de médecine. A terme, elles devraient fusionner pour former une seule entité. Dans ces bureaux installés tout près du Palais Brogniart, la mondialisation relève aussi de la compétition. Face à la concurrence, il s’agit de regrouper des pôles de compétence. Big is beautiful. L’enjeu est clair : il s’agit de faire gagner des places à l’université française dans le fameux classement de Shanghaï. Pas de langue de bois, il ne s’agit pas seulement de briser le thermomètre pour faire baisser la température. « Nous disposons d’universités souvent performantes, parfois très bonnes. Mais nous n’atteignons pas l’excellence comme l’illustre l’absence de Français au palmarès du Prix Nobel. ». Pour atteindre ces objectifs, la tâche est ardue. « Il nous manque une organisation efficiente et des budgets. La recherche dans les transports, le nucléaire, l’aéronautique a été privilégiée au cours des dernières années. nous devons investir aujourd’hui dans les sciences de la vie ».
Bref, dans cette course de fond, il faudra aussi amorcer des accélérations, voire changer de rythme. Mais là aussi, Jean-François Dhainault cultive les talents. Dans son vaste bureau en cours d’aménagement, on devine un clavinova. « J’avais arrêté le piano pendant 40 ans. J’ai repris il y a six ans. Je joue Chopin, Bach ». La musique serait-elle aussi objet d’évaluation ?


Dr Gilles Noussenbaum

Les autres articles de cette rubrique: