Opinion

OUI
NON

Le maestro



Antonino Ligresti, président du Conseil de Surveillance de Générale de Santé, premier groupe français de cliniques privées n’a rien du guépard. Certes, il peut bondir sur sa proie, à l’instar de l’OPA lancé en 2003 sur le groupe hexagonal. Mais il n’est pas un héritier. Né en Sicile, ses parents étaient commerçants. Loin du faste aristocratique où baigne le héros du roman de Lampedusa, son île lui sert seulement de camp de base. Pas de nostalgie sur le temps d’avant : chirurgien de formation, il part à la conquête de l’Italie avant de mener la bataille de France. Aujourd’hui à 69 ans, l’heure de la retraite n’a pas sonné. Il partage son temps entre la France et l’Italie. Et vit à Paris chaque semaine deux à trois jours.  Pour autant, si le patron ne se lasse pas de regarder la Tour Eiffel depuis son pied à terre parisien, la stratégie d’expansion menée de ce côté-ci des Alpes n’est pas nourrie par une francophilie ancienne. Avant de rejoindre Générale de Santé en 2003, la France était une Terra incognita. Le fondateur du premier groupe d’hospitalisation privée en Italie ne parlait pas un mot de français. Il n’a pas toutefois hésité à prendre des cours intensifs de langue. Et son français est désormais fluently. Mais sa famille, ses quatre enfants sont restés à Milan. Bref, l’implantation française ne relève pas seulement d’un coup de cœur mais bien de la volonté de se donner à plus de 60 ans un défi supplémentaire.
Aujourd’hui, après un développement à marche forcée, Antonino Ligresti s’assigne un nouvel objectif : après les rachats et regroupement de cliniques, il s’agit d’installer la marque Générale de Santé tant auprès des médecins que des patients. Quitte à communiquer davantage sur la Santé et moins sur la Générale. L’idée est bien sûr d’installer des standards de qualité garantis sur l’ensemble du territoire, se concentrer sur la gestion du groupe et de ses établissements qui lui donnent son identité particulière. Le futur hôpital privé de l’Estuaire au Havre dont on vient de poser la première pierre fin octobre est le porte-drapeau de cette nouvelle politique. La construction de l’établissement est confiée à Gecimed qui a procédé en 2006 au rachat des murs de 28 cliniques exploitées par la Générale de Santé. Le leader français, lui, se concentre sur la prise en charge médicale. A chacun sa partition dans cette nouvelle division du travail.
A cet égard, dans cette famille éclatée sur deux pays, la musique semble bien être la clef, le lien fédérateur. Antonino Ligresti  est abonné à la Scala de Milan mais pas encore à l’Opéra de Paris. Maurizio Pollini, le pianiste virtuose, est le cousin de sa femme. Et  les enfants, selon leur père bien sûr objectif, seraient d’excellents pianistes.  Le patron de la Générale de Santé préfère quant à lui être le maestro, le chef d’orchestre de son groupe. A chacun sa musique.
Dr Gilles Noussenbaum

Les autres articles de cette rubrique: