Opinion

OUI
NON

Jouir du présent par crainte de l’avenir



Credit photo Samuel Pierre

Jean de Kervasdoué, ancien Directeur des hôpitaux au début des années 80, nous livre, pour la rentrée littéraire, un essai politique sur l’environnement et l’écologie, qui est une attaque en règle contre les écologistes et autres environnementalistes.  
Homme de gauche, ardent militant d’une « vraie social-démocratie », plus « juste » que le libéralisme, il est aussi, comme c’est souvent le cas, un productiviste.
Pour partager, en effet, ne faut-il pas produire toujours plus ?    
Le polémiste ne croit pas que nos sociétés riches et « avancées » voudront, un jour, retourner en arrière. Il veut donc, pour sa part « en finir avec les délires écologiques et sanitaires ». Et ainsi, il avoue ne pas croire à l’apocalypse écologique annoncée - d’où le titre  de son livre -  ni au principe de précaution. Il dénonce ceux qui n’aiment pas les nitrates « naturels et inoffensifs ». Il rappelle que l’atome ne produit pas d’effet de serre ! Les OGM ne sont pas toxiques, écrit-il, et nous ne pouvons, ni ne devons, renoncer à notre confort et nos biens de production. Bref, JdK n’aime pas l’écologie politique même s’il aime … nos campagnes, nos villes et nos côtes. La thèse du livre est très convaincante quand l’auteur écrit que l’écologie humaine est en conflit avec l’écologie planétaire. Et que si l’homme de nos contrées vit mieux, c’est aussi  parce qu’il gagné sa bataille contre la nature.
En fait, si l’analyste veut le progrès social, avant tout, il y a l’architecture, la technologie, l’économie, les villes et  … le progrès économique. Sa thèse est somme toute assez simple. C’est bien grâce au progrès, à la médecine, à l’hygiène que nous vivons vieux et mieux. De toute façon, la « vie étant une maladie sexuellement transmissible et 100% mortelle », autant ne pas trop se restreindre … et en profiter.
Certes, ses idées ne sont pas politiquement correctes. Surtout quand le climat se dérègle, que les usines polluent ou explosent comme à Tchernobyl. Quand des cancers restent inexpliqués, la pollution pourrait bien en être la cause. L’amiante l’a montré.
La personnalité, l’élégance de l’universitaire qu’il est devenu en enseignant l’économie de la Santé au Conservatoire national des Arts et Métiers dérangent. L’homme est fait de passion. Sa connaissance de l’hôpital et de ses mécanismes économiques et organisationnels est totale, intime et scientifique. Et pourtant, l’ingénieur agro qu’il fut ne le prédisposait pas à s’y intéresser. Mais il y a, chez lui une insatiable curiosité, un grand éclectisme et une authentique passion pour la santé, la médecine et l’hôpital. On le croyait moins spécialiste en environnement. Sa dernière livraison littéraire l’y ramène. A l’époque où il fut conseiller à l’agriculture de Pierre Mauroy, en 1981 alors qu’il s’agissait  de tout changer.
Il développe ici des idées dérangeantes mais pas dénuées de fondement et d’arguments quand il écrit que « pour des milliards d’hommes d’aujourd’hui les questions d’environnement n’évoquent pas les papillons mais concernent la diarrhée des enfants … ».
Et pourtant, les deux camps n’ont ni tort ni raison en totalité. Nous avons besoin de  productivité et de croissance tout autant que de respect de l’environnement. A vouloir trop produire ou « prêcher l’apocalypse », le désert avance … inexorablement.

Pascal Maurel

Jean de Kervasdoué : Les Prêcheurs de l’apocalypse. Pour en finir avec les délires écologiques et sanitaires,  Plon.

Les autres articles de cette rubrique: