Le titre résume l'histoire, qui ne focalise effectivement pas toute l'attention sur un individu ou sur un héros en particulier, mais bien sur un système, le monde de l¹entreprise, celui en l'occurrence d¹un grand géant pharmaceutique, Muller. L'on se retrouve dans le cadre d'une réception à l'occasion du lancement d¹un nouveau produit. Au cours de la soirée, on découvre en fait qu¹il s'agit d'un exercice de coaching pour les cadres de l¹entreprise. Peu à peu, les rumeurs sur le rachat prochain de la société se vérifient et chacun se retrouve à tenter de sauver sa place. Le film est divisé en plusieurs parties, chacune racontant la soirée à partir d'un protagoniste donné, mais sans se focaliser uniquement sur lui. Pour Mathias Gokalp, le jeune réalisateur de ce film, ce procédé de narration permet de « dénoncer une certaine cruauté de la vie en entreprise. Les personnages s¹attribuent les uns aux autres les causes de leurs malheurs, mais en réalité, les places sont interchangeables. Le malheur ne vient pas de l¹individu, mais du système dans lequel il évolue.» Les acteurs tiennent tous leur rôle de manière remarquable : Jean-Pierre Darroussin, qui ne s'avèrera pas le pauvre type que l'on croit, est le fil conducteur du film, celui qu'on suit dès les premiers instants et qui nous amène à rencontrer les autres personnages. Mélanie Doutey, la superbe cadre « qui n'en veut », mais jusqu'où pourra-t-elle. Denis Podalydès, le syndicaliste saint-bernard mais tiraillé tout de même par ses ambitions personnelles, le couple Zabou Breitman/Bouli Lanners, aussi drôle que pathétique. Et bien sûr le grand patron, Pascal Gregory, aussi lyrique (chanteur) que cynique, qui se fait voler la vedette par un modeste employé de ménage en bout de course ! Somme toute, tel un jeu de chaises musicales, chacun se trouve déstabilisé par les événements. Finalement, et à l¹instar du film de Denys Granier Deferre, Que les gros salaires lèvent le doigt, Gokalp réussit à traiter un sujet rare en une comédie satirique et grinçante passionnante, en résonance avec notre période actuelle d¹instabilité économique et sociale, difficile pour tous évidemment. A consommer sans modération.

Arnaud Janin

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