Christian Saout, droit devant



Christian Saout vient de loin. Originaire de l’extrême pointe de l’Hexagone (Brest), fils d’ouvrier travaillant

dans une conserverie, c’est un pur produit de la méritocratie à la française. De la distribution du courrier dans le XVIe arrondissement de Paris à sa nomination comme magistrat en 1993 à Clermont-Ferrand au

tribunal administratif, le chemin a été long. Pour autant, il ne pratique guère l’arrêt sur image avec la séquence émotion sur ce parcours exemplaire. Seuls l’humour ou la pirouette ont droit de cité. On ne saura donc rien sur les blessures ou les accidents, pudeur oblige. Loin du divertissement, ou du power flower des années soixante-dix et quatre-vingt, pourquoi alors décider de s’engager dans l’association Aides avant l’arrivée des trithérapies ? L’époque a un goût de cendre. Les carnets d’adresses se vident

chaque année. La mort rôde. « J’avais été déçu par l’engagement syndical lorsque j’étais postier. » Négligé par les institutions, le milieu associatif ouvre en revanche la voie à la conquête de nouveaux droits. Les relations médecin-patient seront définitivement transformées par les associations de lutte

contre le Sida. Le goût pour la saillie vacharde alliée à un solide appétit pour les dossiers roboratifs expliquent la percée de Christian Saout au sein de l’association. Puis c’est le départ pour le collectif Interassociatif sur la santé. Très rapidement, les médias repèrent « ce bon client ». Les invitations se multiplient. Au risque de se perdre? La présence de Christian Saout lors de la conférence de presse de présentation de la loi Hôpital, patients, santé et territoire au côté de la ministre a suscité de l’étonnement. « Nous avons été très agacés par sa présence », reconnaît Bruno Spire, l’actuel président d’Aides. «Ma

participation n’est pas le fruit d’une décision personnelle mais de notre bureau. Contre tous ceux qui souhaitent le retrait de cette loi, il s’agissait d’affirmer notre soutien à certains aspects de la réforme. Dès qu’elle sera promulguée, comptez sur nous pour réaliser des testings sur le refus de soin pratiqué par

certains médecins par exemple. » Au-delà de la polémique, Christian Saout entend ces critiques qui émanent d’amis, d’anciens collègues. Il dissimule en revanche mal sa colère à l’égard de Jean-Pierre Davant qui vient de lui adresser une citation à comparaître pour diffamation envers la Mutualité française.

Drôle de paradoxe pour un militant associatif, le voilà ami de ministre et poursuivi en justice par un mutualiste. Mais quant s’arrêtera-t-il? « Quand je serai fatigué », jure-t-il. Christian Saout balaie d’un revers de main l’idée d’un maroquin ministériel ou d’une place éligible sur une liste européenne.

On n’est pas toutefois convaincus… L’ambition est loin d’être éteinte. Certes à la tentation de Venise, il optera plutôt pour son violon d’Ingres, à savoir la peinture. À 53 ans, Christian Saout n’est pas près de raccrocher. La phrase de Nelson Mandela qu’il se plaît à citer témoigne de ce désir encore intact de participer à la vie publique : « Ce qui n’est pas fait avec moi est fait contre moi ». Dont acte.

Gilles Noussenbaum

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