Théatre : comment c'est arrivé (vraiment)



La pièce Stuff Happens qui se produit du 13 mai au 14 juin 2009 au théâtre des Amandiers de Nanterre relate la période intense de tractations diplomatiques entre les attentats du 11 septembre 2001 et le début de la guerre en Irak en 2003, avec les protagonistes et « acteurs » principaux de l¹époque, parmi lesquels George W. Bush, Cheney, Blair, de Villepin. Action.

 

Stuff Happens. (Ça arrive.) : c¹est le titre de la pièce qui se joue au théâtre des Amandiers de Nanterre du 13 mai au 14 juin 2009. Un nom curieux pour le titre d¹une pièce ? Pas tant que cela : il s¹agit d¹une réponse de Donald Rumsfeld, secrétaire américain de la Défense, en avril 2003, sur la situation catastrophique de l¹Irak pillé et saccagé à la suite de l¹offensive américaine lancée contre le pays. David Hare, auteur de la pièce écrite en 2004, nous plonge dans le théâtre des tractations diplomatiques qui ont eu lieu entre le 11 septembre 2001 et le début de la guerre en Irak.

Les acteurs, incroyables de vérité et parfois même de ressemblance physique, incarnent les personnages principaux de l¹époque, Bush, Blair, Powell, Cheney, et même de Villepin et Chirac.

Tout est intéressant à observer : les discours officiels et apparitions à la télévision diffusés de façon spectaculaire sur grand écran en direct de CNN ; les coulisses où l¹on assiste aux traditionnelles négos diplomatiques constituées par d¹aimables pressions, voire des menaces de l¹époque ; le décalage entre les deux, décor et envers du décor, y est très fort : Bush en coulisses : « Il faut éliminer Saddam !». Devant les journalistes : « Il faut changer de régime ! » Les traits forts des personnages sont également finement exposés : la désinvolture de Bush qui s¹exprime de manière très simple, voire simpliste et hésitante, la rigidité et l¹arrogance de Rumsfeld, la froide et calculatrice Rice qui préfère Brahms à tout autre compositeur parce qu¹il est passionné, sans être sentimental.

 La matière du sujet est difficile, parfois aride, d¹où la prouesse de l¹auteur et des metteurs en scène que sont Bruno Freyssinet et William Nadilam à vouloir montrer les côtés public/officiel et privé/informel, la volonté de mener une guerre contre l¹Irak ­ et à tout prix, surtout pour relancer le complexe militaro-industriel ­ par le gouvernement américain de l¹époque, pour des raisons donc obscures à l¹époque, qui ne se révèleront absolument pas être celles affichées par Bush, à savoir le désarmement de l¹Irak qui aurait menacé le monde occidental par un arsenal d¹armes chimiques considérable. En dépit de l¹opposition de la France, de l¹Allemagne, d¹une partie des députés travaillistes britanniques et de l¹opinion travailliste, tout est fait pour trouver (et même monter de toutes pièces) la « preuve » par le MI6 britannique, qui démontre que l¹Irak possède effectivement des armes chimiques. L¹histoire montre un Tony Blair coincé par son parti et par l¹opinion publique, il lui faut le soutien des Nations unies pour partir en guerre, sauf si la menace de l¹Irak apparaît « réelle et imminente ». La fameuse preuve va l¹aider à passer outre le vote de l¹ONU, surtout après le couac des Français, qui, dans la bouche de Chirac, se disent prêts à voter contre la guerre dans tous les cas de figure, alors que ceux-ci posaient auparavant comme préalable l¹existence de deux résolutions : la première l¹inspection des sites irakiens par l¹ONU représentée par Blix et le désarmement de l¹Irak, la seconde la guerre si l¹Irak refuse le désarmement. La seconde résolution est finalement donc refusée par la France, l¹Allemagne et la Russie, ce qui laisse le champ libre à Tony Blair et donc à Georges W. Bush pour lancer l¹opération « Liberté de l¹Irak ».

Au-delà de l¹histoire, quelques anecdotes croustillantes.

Premier exemple, Dominique de Villepin, en réunion avec les ministres des Affaires étrangères et Colin Powell, secrétaire d¹Etat, explique à ce dernier que l¹ONU ne sera pas un simple bureau d¹enregistrement de la politique va-t¹en guerre des Américains, après avoir décrit en détail la politique d¹arrogance des Etats-Unis envers le reste du monde depuis la prise de pouvoir de George Bush. Et d¹insister sur l¹existence des deux résolutions dont parlait Bush dans son discours. Et Powell de répondre avec la même fermeté que de Villepin : « Ne votez pas pour la première résolution si vous ne votez pas pour la seconde ».

 Deuxième exemple : la convocation de Colin Powell (très isolé et qui est resté le seul de l¹équipe gouvernementale opposé à une guerre contre l¹Irak sans l¹aval de l¹ONU) par Georges Bush qui lui explique son intention de partir en guerre, quelle que soit l¹issue du vote de l¹ONU : commentaire d¹un proche : « L¹entretien a duré douze minutes ».

Le personnage de Powell est complexe et passionnant à mettre en scène, à expliquer : « La guerre est un aveu d¹échec, assène-t-il, les Etats-Unis ne sont pas un empire qui voit tout et sait tout, contrairement à l¹empire romain, mais une république. » Il se posait de sérieuses questions sur l¹après-guerre en Irak. Il reprochait le trop-plein d¹arrogance des Etats-Unis par rapport au reste du monde. Il était conscient de l¹équilibre précaire de la région et souhaitait véritablement l¹adhésion de l¹ONU et des pays concernés pour partir en guerre. Il était fortement contrarié par tous les plans militaires (contre l¹Afghanistan en particulier) lancés par le gouvernement américain. Bref, un fin négociateur diplomatique et connaisseur des affaires militaires parmi une bande de faucons, prêts à tout faire exploser en vue d¹intérêts mercantiles : Bush père travaillait pour la société Halliburton, une société pétrolifère et Dick Cheney était le PDG de cette société. Puis, il devint son ministre de la Défense d¹alors. Cette société, grâce à Cheney devenu vice-président sous Bush II, a ainsi pu obtenir des contrats exclusifs en Irak (pétrole, logistique militaires) par la suite en 2003.

 Trop à dire malheureusement sur cette excellente pièce très étoffée. On aurait envie de la revoir une seconde fois pour en saisir toutes les subtilités : il faut toute la première partie au spectateur pour faire connaissance avec la matière du sujet et les personnages. La seconde partie paraît beaucoup plus limpide pour le non-initié à la chose politique, qui maîtrise ainsi plus les enjeux et les personnages. Un regret aussi que la pièce ne passe qu¹un mois à Nanterre pour n¹être rejouée à Villeurbanne que quelques jours en mars 2010. Somme toute, une véritable création qui nous amène à réfléchir sur les actes de nos puissants d¹hier, qui ont eu des répercussions désastreuses sur notre monde d¹aujourd¹hui.

 Arnaud Janin
photo : Pascal Victor

Renseignements

 

Stuff Happens

De David Hare

Durée : 2H50 (entracte compris)

Du mercredi 13 mai au dimanche 14 juin 2009 Théâtre des Amandiers de Nanterre, salle Transformable 7, avenue Pablo-Picasso

92022 Nanterre

RER Nanterre-Préfecture (ligne A)

Navette assurée par le théâtre avant et après les représentations www.nanterre-amandiers.com

horaires du mardi au samedi à 20h30, dimanche à 15h30 (relâche lundi) location : 01 46 14 70 00 ­ www.nanterre-amandiers.com et magasins Fnac / www.fnac.com et www.theatreonline.com prix des places : de 12 à 25 euros

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