Théâtre : Combat de nègre et de chiens



L’intrigue : dans un chantier en construction, en pleine Afrique semble-t-il coloniale, un chef de chantier, Cal, tue un ouvrier africain. Le patron du chantier, Horn, tente de camoufler le meurtre commis, aux yeux de l’Africain, Alboury, qui vient réclamer le corps. Horn doit aussi accueillir sa nouvelle fiancée rencontrée à Paris, Léone, avec qui il n’entretient, la pièce le démontrera, que des rapports platoniques. Et pour cause : une vieille blessure de guerre l’a privé de sa virilité… Horn, tout le long de la pièce, tentera de négocier avec Alboury, pour lui faire renoncer à récupérer la dépouille de l’ouvrier africain, qui est aussi son frère. Tout en contenant la bestialité de Cal, et les ardeurs de sa fiancée, semble-t-il séduite par Alboury… Mais l’intransigeance d’Alboury aura raison de la patience de Horn. Pour camoufler à jamais le meurtre de l’ouvrier africain, Horn et Cal décident de supprimer Alboury. Lequel a repoussé les avances de Léone, qui, dépitée, est également rejetée par Horn. Dans une mise en scène baroque signée Michael Thalheimer, la pièce de Bernard-Marie Koltès se lit à plusieurs niveaux. On peut en effet y voir une métaphore de cet Occident criminel, qui refoule sans cesse les crimes commis (la colonisation ?), face à une Afrique debout, digne, symbolisée par Alboury, qui elle fait face en invoquant des valeurs humanistes : la solidarité, le respect d’autrui, l’amour du prochain. On y décrypte aussi un Occident en pleine décadence, symbolisé par la triade Horn-Cal-Léone : l’autorité blessée, la bête immonde, la concupiscence. Mais, au-delà du contexte historique, la pièce de Bernard Marie Koltès pose également des questions plus métaphysiques, comme la culpabilité, la solitude des êtres, et, in fine, interroge le sens de ce mot : qu’est-ce, en fin de compte, que l’Humanité, censé nous distinguer des bêtes ? A chacun des spectateurs de trouver la réponse…

Combat de nègre et de chiens, de Bernard-Marie Koltès, mise en scène par Michael Thalheimer. Du 26 mai au 25 juin 2010. Théâtre La Colline.<qtlend></qtlend>

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