Alain Grimfeld, un patron éhique



Il ne faut pas se fier à la grande douceur de l’accueil, à l’urbanité des premiers échanges u à la maîtrise de soi affichée en permanence.  Le regard empathique, bienveillant du nouveau président du Comité Consultatif National d’Ethique (CCNE) vire à l’irritation. Le flux du discours s’accélère, la colère menace lorsque l’on évoque le risque éventuel de contrôle par le pouvoir politique de cette instance de réflexion. Nicolas Sarkozy aurait été agacé par de récents avis. L’ancien président, Didier Sicard, était de sensibilité de gauche. Bref, cette nomination élyséenne s’apparenterait à une reprise en main d’une institution jugée incontrôlable. C’est une « ineptie », rétorque le Pr Alain Grimfeld, que ce Comité soit soumis à une autorité politique. Si l’on attend des preuves d’indépendance à l’égard de l’Elysée, on ne sera pas déçu : « Bien sûr, la filiation ne peut être réduite à un test d’ADN. Quant à l’idée de confier le souvenir de la Shoah à de jeunes écoliers, elle était choquante ». Certes, le Pr Grimfeld s’était préparé à cette soudaine exposition médiatique. Mais il n’aura guère eu le temps de savourer un état de grâce. D’autres personnalités avaient d’ailleurs été contactées. Qui ont poliment décliné l’offre. Le Pr Grimfeld, lui, n’a guère hésité. « C’est un aboutissement de vie plutôt qu’un couronnement de carrière », lâche-t-il encore dans l’émotion.

Fallait-il y aller ? Avant cette nomination, on ne lui connaissait guère d’ennemis. Pour autant, le cuir est épais. Et sa carrière s’est déroulée sans embûches mais aussi sans fait d’armes particuliers. En 1968, jeune père de deux jumelles, il accomplit son service militaire et cherche davantage à faire bouillir la marmite qu’à affronter les forces de l’ordre dans les rues du Quartier Latin. La révolution, il est vrai, n’était pas inscrite au programme de l’internat. En revanche, dans la culture familiale, il y a obligation de réussite scolaire pour ce fils unique, petit-fils d’émigré roumain. Cette règle sera respectée au-delà de toute attente. Nommé  professeur en 1980, il est désigné chef de service en 1993. Quant à l’éthique, le Pr Alain Grimfeld la déclinera au quotidien, tout au long de ses consultations plutôt que dans des livres. C’est en tout cas son profil qui sera sélectionné par Arnold Munnich pour présider le Comité Consultatif National d’Ethique. Avec quelle feuille de route ?

Le message est net. Le statu quo n’est pas acceptable. « Il n’y avait pas toujours de lisibilité entre la réflexion éthique et les recommandations de l’avis », juge le nouveau président. Surtout, le CCNE doit s’impliquer dans la révision des lois de bioéthique programmées en 2009 au Parlement. « Nous devons participer à l’exercice critique d’une morale active partagée entre la compassion et la raison ».

Pour autant, le temps du politique est-il le même que celui de la réflexion éthique ?

 En attendant, le CCNE ne doit plus être le dernier salon où l’on cause mais se rapprocher davantage de la vraie vie. Celle en rupture d’un Arthur Rimbaud, par exemple, l’un des poètes préférés du jeune Grimfeld au lycée Voltaire à Paris.  Comment faudra-t-il entendre le « Je est un autre » au sein de ce nouveau Comité ?